« J’écris en bleu, car j’ai besoin de l’infini.
J’écris en bleu, car j’ai besoin d’air.
J’écris en bleu pour que la joie revienne doucement,
comme la mer qui reprend ses vagues après la tempête.
Depuis que tu es entré dans ma vie, tu me fais découvrir la vie en bleu.
Tu as fait renaître mes rêves et mes envies, mon cœur devant toi, est en pause ! »
01. VOLER
Je vole enfin en ressentant le flottement, le relâchement de l’élan nouveau, tel un tournant de maturité et de liberté créative. Je me donne aujourd’hui le droit de rompre avec la dépendance affective et intellectuelle qui me liait aux artistes vivants. Jusqu’ici, j’ai souvent été dans un rapport dialectique, en analysant les travaux des pionniers avec ceux des artistes vivants, j’essayais de comprendre les relations, la tangibilité des œuvres sculpturales. Je voulais aider. J’ai longtemps cherché des figures de dialogue, des mentors, des reflets dans lesquels éprouver mes intuitions. Ces échanges, parfois lumineux, parfois douloureux, ont nourri ma recherche, mais ils ne la définissent plus.
L’art véritable naît quand nous cessons de convaincre les autres, c’est pour cela que je souhaite créer mon projet pour exister pleinement. Aujourd’hui, mon idée de Fondation Denise René, mon Association Estelle Bellin : Hommage à Denise René, mon Manifeste Bleu : Hommage au Manifeste Jaune de Victor Vasarely, sont une revendication d’une position libre, indépendante, affranchie des influences affectives et des héritages trop lourds. Mon travail s’ancre dans un langage émotionnel et intellectuel, pas une extension du leur. Il m’a fallu du temps pour comprendre que la véritable filiation artistique ne se reçoit pas, elle se conquiert naturellement dans la simplicité et dans la vérité transparente. Je suis encore peu connue, toute petite, mais je porte une révolution douce. Je choisis de poursuivre la trajectoire entamée par Denise René et les artistes pionniers pour construire les bases d’un projet collectif où l’art redevient un espace de respiration, un temps moderato, de transmission et d’humanité.
02. RÉINVENTION
En juin 2023, monsieur Denis Kilian, neveu de Denise René, a écrit un communiqué « Nous réinventer« , c’était le témoignage d’un passage historique presque une lettre d’adieu et d’espoir à la fois, avant la fermeture définitive de la galerie Denise René. Il appelait à une réinvention, et c’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic, je voulais aider et faire partie de cette aventure extraordinaire. Je ne voulais pas que ce combat des pionniers meure et se fige seulement dans les livres du passé.
Dans ce texte, monsieur Denis Kilian reconnaît la fin d’un cycle, la fermeture du lieu, mais il exprimait clairement la volonté de continuer l’œuvre de Denise René sous une autre forme. Il parlait de mutation, pas de disparition. Je peux donc m’inscrire dans cette continuité, en répondant à cet appel, pas contre lui, mais à côté de lui.
Il évoquait un « renouveau », une « nouvelle génération d’artistes » plus jeunes. Je veux faire partie de cette relève. Kilian n’a nommé personne pour porter ce renouveau. Je prends la place pour ne pas laisser le vide s’installer. C’est une opportunité symbolique et j’en fais un vœu d’élévation.
On peut construire une démarche, une réponse à cette lettre, presque un écho, un prolongement. On ne parle plus de mutation structurelle, mais de quête de sens plus social, de partage, de lien, de renaissance collective, d’une fondation qui reconnecte l’humain et la création.
Je ne suis pas la détentrice de l’héritage officiel de la galerie Denise René, car cela appartient à la succession familiale. Je me positionne en tant qu’artiste-orchestratrice, inscrite dans la continuité éthique et intellectuelle de l’esprit de Denise René, et qui souhaite faire revivre cet esprit à travers une structure nouvelle. Je suis fondatrice, femme, libre, encore invisible, mais porteuse d’un projet vivant, d’une renaissance, d’une nouvelle ère. Je rassemble, je construis, je fédère. Et je crée.
03. MA PARTICIPATION IMPORTE
« Dans le tissu de l’espace comme dans la nature de la matière, figure, en tout petit, la signature de l’artiste. »
Carl Sagan
Née en 1981 à Marseille.
Je suis une artiste-orchestratrice de la multiplicité, pas seulement une créatrice d’œuvres, je suis aussi une initiatrice de contextes, de rencontres et de mouvements. Depuis toujours, je perçois l’art comme une énergie qui traverse les structures, les êtres, les silences dans le visible et l’invisible. Mon langage artistique se trouve dans une triple voie, l’abstraction lyrique et l’abstraction géométrique, reliées par l’art cinétique. Je me situe dans deux tendances émotionnelles le chaud et le froid. Je compose mon art dans des schémas en arborescence, de tempérament et de comportement différents de ceux normalement associés à un parcours d’artiste. Graphiste de formation, avec une expérience de créatrice textile, j’ai fait l’école des Beaux-Arts de Marseille en 2001 pendant quatre ans. Je me suis rendue compte que je n’y apprenais pas grand-chose dans la technique, dans les théories et l’histoire de l’art ; alors j’ai claqué la porte à l’institution. Seul, l’instinct me guide !
J’ai repris mon travail artistique depuis que j’ai ouvert la porte, pour la première fois, de la Galerie Denise René, le 15 septembre 2021. C’est à ce moment-là que j’ai eu la révélation je me suis retrouvée face à l’œuvre de Santiago Torres, un artiste dont je ne connaissais pas l’existence, ni son art et ses recherches. Cela a été un choc émotionnel, mes jambes se sont mises à trembler fortement, les larmes sont montées, et en regardant les rayures, j’ai compris que je devais me remettre à faire des créations et devenir artiste.
Ensuite, je me suis retournée et à ce moment-là, le directeur de la galerie est arrivé avec le sourire aux lèvres. C’était le coup de foudre ! Il a suffi d’une discussion passionnante avec Monsieur Denis Kilian, pour activer un processus artistique dans mon esprit. J’ai été subjugué par les œuvres exposées et par ce monsieur, son discours, sa passion pour préserver l’abstraction géométrique et cinétique. Il racontait si joliment le travail des artistes qu’il défendait intelligemment :
Aujourd’hui, je conçois mon travail comme un espace de convergence où se rencontrent héritages et innovations. Je ne cherche pas une voix unique, mais à orchestrer mon art dans un dialogue collectif, à la manière d’un ensemble où chaque artiste devient un instrument au service d’une symphonie partagée. Je souhaite fédérer les énergies d’artistes, d’architectes, de chercheurs et d’institutions autour d’une vision commune : inventer une renaissance pour l’art cinétique, l’abstraction géométrique, l’abstraction lyrique et ses prolongements contemporains. Je cherche à réactiver les recherches artistiques de Victor Vasarely, Nicolas Schöffer, Julio Le Parc, Hans Hartung, Tinguely (…) pour imaginer une nouvelle scène en rassemblant une famille d’artistes, de penseurs, dans un espace intergénérationnel.
En parallèle de mes recherches artistiques, je construis une association en mon nom propre, en hommage à Denise René pour créer une passerelle entre passé, présent et futur. L’objectif est d’encourager une nouvelle ère pour former la Fondation Denise René qui est l’entitée inscrite dans l’histoire de l’art, la référence à respecter. Je ne me contente pas de produire des œuvres, j’oriente, synchronise et rends possible la multiplicité des voix pour une partition collective.
Estelle Bellin