04. Opérer le changement, galerie Denise René !

«L’idée est la phase la plus importante de la création artistique,
sans elle, l’objet n’aurait aucune signification. Mais l’effet vient immédiatement après.
L’objet n’est donc qu’un intermédiaire de second degré entre l’idée et l’effet.
L’idée provoque un effet en passant par un objet,
mais c’est l’idée et l’effet de l’idée qui sont importants.»
Nicolas Schoffer, 1984.

« Pour assurer la permanence de la diffusion de l’esprit de Denise René, tout en défendant des idées neuves et en mettant en place des actions concrètes, il vous faut réunir vos artistes avec l’intelligence émotionnelle, et créer les conditions d’un collectif de travail pour l’innovation. » Cette phrase était le point de départ d’une nouvelle idée pour opérer le changement de la galerie Denise René. J’ai écrit ces mots en juin 2023 avant la fermeture de la galerie, rue Charlot à Paris :

Comment expliquer pourquoi les autres sont capables de réussir ? Est ce que la galerie Perrotin est-elle si innovante ? Je ne pense pas. Ce n’est pas la taille qui fait la grandeur de la galerie, mais la profondeur de son âme, son histoire et son combat. Tous les grands leaders et les organisations qui inspirent le monde que ce soit Apple ou Martin Luther King, ils pensent et agissent et communiquent tous de la même manière. Et d’une façon totalement opposée à tous les autres. D’ailleurs, Simon Sinek a réussi à le codifier, avec sa formule « le cercle d’or » : Pourquoi ? Comment ? Quand ?

Simon Sinek, nous dit qu’il ne sert à rien d’expliquer ce que nous faisons, en quoi nous sommes différents ou meilleurs et d’attendre un certain comportement d’achat des collectionneurs. Il ne sert à rien de dire  «voici une nouvelle œuvre. Elle a une superbe coloration dans sa programmation. Elle suit la ligne esthétique, la tendance. Achetez notre œuvre ! »

VENDRE L’ART POUR LE RICHE OU LE PAUVRE ?
« Les créations ou ré-créations, je peux même dire que c’est presque un compromis de nécessiter de faire des tableaux dans une société qui veut avoir des tableaux. Si je ne peins pas des tableaux, avec quoi voulez-vous que je construise ma fondation. Si je ne les vends pas à un élite privilégié que je dénonce dans mes notes brutes. Je ne veux pas le vendre aux pauvres. J’aimerai bien donner aux pauvres, d’ailleurs c’est mon but. Lorsque cette cité naîtra un jour, et bien ce sera le spectacle grandiose que l’on pourra offrir gratuitement à tout le monde, sans que l’on soit obligé de payer. Dans certains points de vues des arts plastiques sont déshérités, condamnés à une manifestation posthume regrettable. Ce que je voulais et ce que je crois avoir obtenu en travaillant d’abord et en doublant mon langage plastique par le moyen de l’écriture qui essaye d’expliquer, de matérialiser et de rendre accessible pour tout le monde ; l’idée et la pensée qui leurs échappent par la force des choses. Ces notes brutes étaient une sorte d’esquisse, extrêmement rapide et active que j’ai jeté sur papier, à n’importe quel moment de la journée en travaillant. La complémentarité inséparable de mon travail dans une mesure empirique de la recherche, que je fasse un collage, ou je dessine ou que je fasse une programmation pour des œuvres cinétiques. Et bien les mains, le cerveau, la sensibilité travaillent inlassablement. La question de la sensibilité, de la technique étaient fait par mes mains, mon cœur, mes tripes. L’idée, la pensée étaient plutôt par mes neurones limités avec l’âge, alors j’avais peur de devoir expliquer avec précisions donc je notais sur papier des notes brutes. «  Victor Vasarely

CERCLE VICIEUX
« Je profite de ce chapitre pour traiter le problème des relations entre l’instinct et l’intellect qui en fin de compte ne sont que deux aspects différents du phénomène énergétique. L’instinct représente les manifestations brutes de l’énergie qui se présente d’une manière dédoublée. Dans chaque acte humain, surtout dans chaque acte de création qui demande des efforts particuliers, c’est l’instinct qui agit d’abord en proposant la solution brute d’un problème qu’il a créé et soulevé lui-même dans la plupart des cas à la manière des réactions automatiques pures. Mais la supériorité du mécanisme humain est représentée par un facteur qui se manifeste toujours a posteriori : c’est l’intellect qui est l’extrême prolongation du phénomène énergétique et agit comme ordonnateur-régulateur permettant ainsi au créateur de sortir du cercle vicieux des automatismes purs qui n’amèneraient pas ses actes au-delà des automatismes de la nature. L’acte primitif de la création, l’intellect impose son rôle sur le plan de la qualité. Pour bien préciser, l’instinct est la quantité brute d’une énergie dont la qualité est déterminée par l’intellect. Instinct égale masse, intellect égale mesure. » Nicolas Schöffer

  1. LE POURQUOI : la valeur du combat de Denise René, la raison d’être de l’entité, qui anime les fondateurs et touche émotionnellement les collaborateurs ou les partenaires ; fédérer un engagement collectif au sein d’une équipe de travail ; construction d’un nouveau prototype de l’entreprise permettant à l’entité de poursuivre son évolution naturelle. Pourquoi les gens devraient porter leur intérêt à ce que vous faites ? Pourquoi l’œuvre d’art est importante pour leur collection et dans leur vie ?

  2. LE COMMENT  :  affiner la stratégie de communication, les actions concrètes ; création d’un système avec les outils à utilisés par les artistes pour accroître leur productivité et mener à bien les missions de façon que l’entité sorte du lot ; le Pourquoi est mis en application avec le Comment ; Le Comment génère une intelligence collective à travers la communication pour une harmonie de travail dans l’entreprise ; les artistes seront un générateur d’engagement collectif puissant. Comment ils le font ? Comment se différencier des concurrents ? Comment donner une proposition de valeur « autre » à l’œuvre d’art ?

  3. LE QUOI : le Quoi se distingue du Comment en confirmant le but ; La plus-value de l’expertise du combat de Denise René et de ses artistes sont valorisés ; le quoi racontera l’histoire qui touchera le spectateur, le collectionneur, les consommateurs ; ils devront comprendre la valeur éthique ; donner la certitude à l’acheteur que notre expertise correspond à ses attentes ; rassembler des collaborateurs et partenaires qui partageront les mêmes convictions communes ; rendre la détermination des enjeux systémiques efficace ; le quoi sera un vecteur puissant, porteur d’impact positif. Qu’est ce que l’organisation fait ?  Ce que l’œuvre d’art permet de faire.

«Dans tout ce que nous faisons, nous croyons à la remise du statu quo.
Nous croyons en une manière différente de penser.
Notre manière de remettre en question le statu quo est de rendre nos produits magnifiquement désignés, faciles à utiliser et conviviaux. Et il se trouve qu’on fait des œuvres formidables. Vous en voulez une ? ».

La communication part de l’intérieur du noyau vers l’extérieur, en appliquant cette méthode nous parlons directement à la partie du cerveau de l’acheteur : donner l’envie à l’acheteur ou le spectateur de faire partie de l’aventure, qu’il se sente utile dans ce nouveau combat. Un investissement dans le savoir d’une cause paie toujours les meilleurs intérêts. Les gens n’achètent pas ce que l’on fait, ils achètent pourquoi on le fait. Nous ferons (re)découvrir les racines de l’abstraction pour en faire de la tendance d’avenir.

Les compétiteurs d’Apple sont tout aussi qualifiés pour fabriquer tous ces produits. Ils savent faire des produits parfaitement conçus. Et personne n’en a acheté, l’acheteur va toujours chez Apple. Pourquoi ? Le but n’est pas de faire du business avec les collectionneurs qui ont besoin simplement d’une belle œuvre. Le but est de faire du business avec les personnes qui croient en ce que vous croyez, le combat de Denise René. D’ailleurs Jean-Paul Ameline l’expliquait bien : «Une galerie n’est pas seulement une conception esthétique, mais un mode de fonctionnement. Denise René a su faire venir des collectionneurs, être présente là où il fallait être.»

COMMENT S’IMPOSER DANS UN MONDE CONCURRENTIEL ?

« Nous vivons dans un monde où nous avons le pouvoir de faire bouger les choses, le désir de faire un travail auquel nous croyons ainsi qu’un marché qui nous supplie de devenir remarquable.  Le meilleur moyen de se faire remarquer, c’est d’avoir une offre remarquable. La force des petites structures est leur taille. Utilisez cette force et cette flexibilité afin de vous rendre irrésistibles aux clients exigeants. N’oubliez pas que les gens n’achètent pas de biens ni de services. Ils achètent des relations, des histoires et de la magie. Soit vous racontez des histoires qui se propagent, soit vous perdez la pertinence. Le marketing ne concerne plus ce que vous concevez, mais les histoires que vous racontez. » Seth Godin

Pour convaincre l’acheteur d’art, nous devons l’interrompre dans sa routine, et lui expliquer que ce que l’on fait sert à prouver nos convictions, notre valeur, et la certification d’un label remarquable qui marquera l’admiration et la reconnaissance. Il participera activement à l’engagement de qualité novateur d’investir dans les idées virus de la galerie Denise René.

Le 15 juin dernier dans votre communiqué « Nous réinventer », vous avez pécisé les nouveaux contours de la galerie Denise René :

accroître la présence sur Internet et sur les réseaux sociaux, en y développant des propositions de vente.
• poursuivre l’œuvre de Denise par l’organisation d’expositions physiques temporaires dans des locaux privés (au Bonisson Art Center), des partenariats avec d’autres galeries ou évènements artistiques (Janine Sarbu et Santiago Torres pour Metahaus)  et des institutions (Fondation Villa Datris et Espace Monte Cristo).
• concevoir des expositions et des présentations d’œuvres fondées sur un concept de galerie réactualisé, dans un nouveau lieu pour lequel les recherches ont démarré.

Le métier de galeriste aujourd’hui, selon le sociologue Alain Quemin, est plus complexe. Il faut être informé de tout. Le marché est mondial et terriblement compétitif. La compétition est devenue extrêmement rude, écrasante, à devenir fou. Il y a un manque flagrant de professionnalisme, représentatif du monde d’aujourd’hui où les gens sont avides et sans pitié. Il est nécessaire de rester positif de faire tout son possible pour l’éviter. On enlève la pression et on arrête de courir pour se concentrer sur l’essentiel «la qualité, l’innovation, le remarquable». Il ne faut pas suivre la tendance au gigantisme. De très grosses structures dominent le marché et en tirent les bénéfices, tandis qu’une frange est constituée d’organisations bien plus petites, qui prennent des risques, innovent, détectent de nouveaux talents. D’ailleurs j’en ai repéré sur instagram qui ne sont pas encore connus. Vous avez deux artistes talentueux Laurent Bolognini et Santiago Torres, que vous avez exposé mais vous ne les avez pas fait exploser comme Vasarely. Pour tirer le meilleur parti des connaissances acquises pour en extraire toute la richesse, il importe de ne pas s’y habituer trop vite à ce qu’ils ont fait, de se laisser le temps à la réflexion car ils ont la capacités de créer de belles nouvelles œuvres. Vous devez les bousculer, les réveiller. Vous  m’avez présenté le travail de Pe Lang, en m’expliquant qu’à ses débuts, il ne connaissait pas l’histoire de l’art. Grâce à vous, il s’est enrichit en connaissance nouvelle, ce qui marque profondément son œuvre. Vous prenez le temps de regarder le travail de chacun. Vous avez le sens du partage, la patience pour construire des projets. Vous êtes le point de rencontre des idées des artistes, la soupape de sûreté, aussi, des ambitions trop personnelles. Vous n’êtes pas qu’un marchand d’art, vous êtes un enseignant, un éducateur, un spécialiste de l’abstraction géométrique et cinétique, et un père pour vos artistes. Vous êtes un interlocuteur privilégié pour toute une série d’arbitrages, de sélections et de questions que se posent un artiste : faire des choix parmi des œuvres, trouver un fil conducteur, une logique, se poser les bonnes questions …

© Estelle Bellin 2024

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