Rythmologie de la forme

« Le costumier, comme tout plasticien,
dispose de trois éléments, et de trois seulement :
la couleur, la forme, la matière.
C’est de la justesse de leur rapport que naîtra l’œuvre. »
Geneviève Sevin-Dœring

La forme danse librement avec la couleur en n’étant aucunement statique, désincarnée, sans mimer des actions familières. La forme raconte une histoire d’enforme et s’emporte dans le tourbillon de la vie, en immergeant le spectateur dans l’espace-temps d’une œuvre attaquée par une rythmologie interventionnelle. C’est parce qu’elle représente dans l’espace bidimensionnel, des séquences, un système basé sur des informations proches et lointaines, des émotions mémorables et émouvantes, des interpellations et des animations pour donner une âme, d’un rythme par le biais de la répétition, qu’elle disposera à plat les morceaux de tissus puis les positionnera en volume sur elle. C’est la fractation, la fragmentation, le mélange du fond et de la forme, de l’ouverture des consciences d’un ailleurs autre.

En rassemblant les pièces du puzzle, j’ai retrouvé mon étude sur « la forme » que j’avais développé à l’École des Beaux-Arts de Marseille, en 2004. À cette époque, je m’intéressais aux peintres des fondateurs du mouvement « Supports-Surfaces » comme Claude Viallat, aux découpages de Matisse, aux processus de moulage de Max Charvolen, à la peinture de Serge Poliakoff et à la méthode de coupe en un seul morceau de Geneviève Sevin-Dœring.

Trois oeuvres de Max Charvolen
Claude Viallat
Geneviève Sevin-Doering
Claude Viallat
Henri Matisse
Serge Poliakoff
Henri Matisse
Coupe en un seul morceau, Geneviève Sevin-Doering
Estelle Bellin
Estelle Bellin

Adaptant la multiplicité des identités qui changent avec le temps selon les saisons et les décennies, traduisant les souplesses du métissage culturel, l’artiste compose en écoutant son instinct presque animal. Cette concordance des temps, ce regroupement de cellules qui portent les mêmes structures et fonctions de nos vies, du tissu humain ou du tissu textile découpé, cousu, coloré, plié, tranché, malmené et sublimé donnant du relief, une allure, une expérience cinétique, spontanée de vivre le ressenti du déplacement de la matière dans l’état d’équilibre et de déséquilibre. C’est l’attitude de l’artiste que de développer la déconstruction, de libérer le regardeur des entraves d’un système appliqué par l’obligation. L’art engagé est l’éclaboussure de l’effet d’une goutte d’eau éclatée sur la toile blanche. L’art a le pouvoir de marteler une sculpture centrée sur la forme humaine du sentiment retrouvé, dont l’enforme évoluera vers la notion de structure systémique ou d’un simple vêtement qui résumera à un déplacement d’intérêt. Nous portons en nous le choix d’opérer le changement de la forme.

1. La forme
2. Le textile
3. La sculpture
4. Une collection de mode

Ici, le motif obsède l’artiste, le motive, activant un jeu de rythme, de composition, de combinaison et de proportion jusqu’à l’infini. Elle joue avec les formes géométriques ou pas, les façonnent, les moulent autour de son corps ou sur un mur orienté verticalement. L’orchestration semble complexe et infiniment variée. Son corps devient le châssis (le support de la toile), et l’autre la surface textile (la toile). L’artiste tranche à sa guise, questionne, sublime ou tourne en dérision pour rompre avec la posture classique du côté traditionnel des moyens picturaux de la représentation de l’œuvre d’art ou d’un objet (sculpture) design ou d’une collection de mode, amenant à ouvrir la porte de Pandore sur les problématiques du consumérisme matérialiste. Il n’y a aucun doute, elle est influencée par le mouvement artistique « Supports-Surfaces », créé en 1969, dont les artistes associent leur recherche d’une réflexion théorique et d’un positionnement politique. L’intérêt est d’explorer et d’exploser le système artistique. Ce n’est pas seulement la répétition à l’identique, ni la copie, mais une répétition de toutes les différences, une transgression des frontières et des coutumes.

Copyright © Estelle Bellin 2026

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